En France, la hijama sèche (ventouses posées sur une peau intacte) relève du bien-être et se pratique légalement, tant qu’aucun diagnostic ni promesse de soin ne l’accompagne. La hijama humide, celle qui comporte des incisions, est un acte médical réservé aux professionnels de santé. La pratiquer sans ce titre expose à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende (article L4161-5 du code de la santé publique).
Sur ce sujet, l’information disponible en français est un champ de ruines. D’un côté des sites qui affirment que la hijama est totalement interdite en France : faux. De l’autre des praticiens qui laissent entendre que tout est permis : faux aussi, et bien plus dangereux.
Entre les deux, des gens de bonne foi qui veulent juste savoir ce qu’ils peuvent demander sans mettre personne en difficulté. Cet article est écrit pour eux, textes et décisions de justice à l’appui.
D’où vient la hijama ?
De très loin, et de plusieurs civilisations à la fois. Le papyrus Ebers, document médical égyptien daté d’environ 1550 avant notre ère, décrit déjà l’usage des ventouses. La médecine grecque la pratiquait, Hippocrate y fait référence. La médecine chinoise l’utilise depuis des siècles sous le nom de ba guan.
Dans le monde arabo-musulman, la hijama, de la racine hajama qui signifie aspirer, occupe une place à part : recommandée dans plusieurs hadiths, elle est restée une pratique vivante, transmise de génération en génération. C’est un héritage réel, et il n’est pas question de le déprécier. Beaucoup de gens poussent la porte d’un cabinet par attachement à cette tradition, pas par mode.
Ce que change le droit français, ce n’est pas la légitimité de la tradition. C’est la répartition des rôles : qui a le droit de faire quoi sur le corps de quelqu’un d’autre.
Sèche ou humide : quelle différence exactement ?
| Hijama sèche | Hijama humide | |
|---|---|---|
| Le geste | Une ventouse est posée sur une peau intacte et mise sous vide | Une ventouse est posée, retirée, la peau est incisée superficiellement, la ventouse est reposée pour aspirer |
| Effraction cutanée | Aucune. La peau n’est jamais percée | Oui. Lancettes ou lames stériles |
| Saignement | Aucun | Oui, c’est le principe même |
| Marques | Cercles rouges ou violacés qui s’estompent en 3 à 7 jours | Petites incisions cicatrisantes, en plus des cercles |
| Risque infectieux | Faible, matériel à usage unique ou stérilisé | Réel : hépatites B et C, VIH, infections locales |
| Statut en France | Relève du bien-être, praticable hors profession de santé | Acte médical. Réservé aux professionnels de santé habilités |
| Ce qui est proposé au cabinet | Oui, exclusivement | Non. Jamais, sous aucune forme |
Que dit précisément la loi française ?
Le texte central est l’article L4161-1 du code de la santé publique. Sa formulation mérite d’être lue attentivement, parce que ce qu’elle vise n’est pas ce que la plupart des gens imaginent.
Est en situation d’exercice illégal quiconque participe habituellement à l’établissement d’un diagnostic ou au traitement de maladies, réelles ou supposées, sans être titulaire du diplôme requis. Le texte ne dresse pas une liste d’outils interdits. Il vise une activité : diagnostiquer, traiter.
Les peines sont fixées par l’article L4161-5 du même code :
| Situation | Peine encourue |
|---|---|
| Exercice illégal de la médecine | 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende |
| Aggravation quand les faits sont commis via un service de communication au public en ligne ou un support numérique | 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende |
| Peines complémentaires possibles | Confiscation du matériel, affichage ou diffusion de la décision, interdiction d’exercer jusqu’à 5 ans |
| Personnes morales (art. L4161-6) | Amende quintuplée et peines de l’article 131-39 du code pénal |
La circonstance aggravante numérique mérite un mot : elle vise notamment la promotion en ligne. Un compte qui affiche des résultats sur des pathologies fait donc peser un risque supérieur, pas inférieur, à une pratique discrète. Textes sur legifrance.gouv.fr.
Ce n’est pas la ventouse qui pose problème, c’est ce qu’on en dit
Voilà le point que presque aucun article francophone n’explique, et c’est pourtant celui qui détermine tout.
Poser une ventouse sur un trapèze contracté n’est pas un acte médical en soi. Ce qui bascule dans l’illégalité, c’est d’établir un diagnostic ou de traiter une maladie : annoncer à quelqu’un que sa fatigue vient de son foie, proposer une cure pour une migraine, promettre de faire baisser une tension.
La Cour de cassation a posé un raisonnement voisin pour le massage. Dans son arrêt du 29 juin 2021 (chambre criminelle, n° 20-83.292), elle juge que la loi du 26 janvier 2016, en supprimant toute référence au massage dans l’article L4321-1, a limité le monopole des kinésithérapeutes aux massages à but thérapeutique. Le massage de bien-être reste ouvert. La frontière est la visée, pas le geste.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins a d’ailleurs formulé les deux volets de la même logique dans une prise de position du 2 juin 2023 : l’incision de la peau est un acte réservé aux médecins, et la pose de ventouses procédant d’un diagnostic à visée thérapeutique constitue également un acte médical.
La règle en une phrase
L’incision est interdite hors profession de santé, sans discussion possible. La ventouse sèche, elle, ne devient un acte médical que si elle s’accompagne d’un diagnostic ou d’une promesse de soin. Un praticien de bien-être qui pose des ventouses sans jamais nommer une maladie ni promettre de la traiter reste dans son cadre. Celui qui écrit « soigne les migraines » en sort immédiatement.
Des praticiens ont-ils vraiment été condamnés ?
Oui, et les décisions sont récentes.
| Juridiction et date | Personnes concernées | Décision |
|---|---|---|
| Tribunal correctionnel de Marseille, janvier 2024 | Trois infirmiers et un médecin | Infirmiers : de 6 à 12 mois de prison avec sursis et 2 000 à 10 000 € d’amende, pour pose de ventouses avec incisions et scarifications. Médecin : 12 mois avec sursis et 20 000 € d’amende pour complicité et pour avoir formé les infirmiers |
| Tribunal de Pontoise, 8 octobre 2025 | Une praticienne de 48 ans exerçant à Argenteuil | 3 mois de prison avec sursis, 3 000 € d’amende, interdiction d’exercer pendant 5 ans, pour exercice illégal de la médecine et pratiques commerciales trompeuses |
| Tribunal de Lille | Sept personnes, dont un étudiant en médecine, un infirmier et un aide-soignant | Poursuivis pour pratique de la hijama humide |
L’affaire de Pontoise éclaire exactement le point précédent. Lors d’un contrôle le 27 juin 2022, des lancettes ont été retrouvées dans le cabinet. La praticienne contestait pourtant avoir pratiqué la hijama humide. Ce qui a pesé en plus, ce sont les avis publiés en ligne, qui montraient qu’elle traitait des pathologies. La promesse thérapeutique a compté autant que le matériel.
Et si le praticien est médecin ou infirmier ?
Le titre ne règle pas tout. Un infirmier n’est pas autorisé à réaliser des incisions de sa propre initiative : la condamnation de Marseille le montre. Et pour un médecin, le terrain se déplace du pénal vers la déontologie.
Dans un avis du 22 juillet 2021, la section santé publique du Conseil national de l’Ordre des médecins a considéré que la thérapie par ventouses n’est pas scientifiquement validée et ne peut être regardée comme conforme aux données acquises de la science. Or l’article R4127-32 du code de la santé publique impose au médecin des soins fondés sur ces données, et l’article R4127-39 interdit le charlatanisme.
Concrètement : même un médecin s’expose à une procédure disciplinaire. C’est de là que vient le raccourci selon lequel la hijama serait « interdite à tous, même aux médecins ». Il est trompeur, mais il pointe une réalité : personne n’a de blanc-seing sur cette pratique en France.
Et la question de l’hygiène ?
Elle est centrale dès qu’il y a du sang. Pour mesurer le niveau d’exigence attendu quand la peau est percée, regardons ce que la France impose au tatouage et au perçage. Le décret n° 2008-149 du 19 février 2008 y soumet les professionnels à une déclaration auprès de l’Agence régionale de santé, à une formation obligatoire à l’hygiène et à l’usage de matériel stérile ou à usage unique. Ce décret ne vise pas la hijama, mais il donne un ordre de grandeur : voilà le minimum exigé dès qu’il y a effraction cutanée.
Une hijama humide pratiquée dans un salon, un appartement ou une arrière-boutique, sans ce niveau d’exigence, expose à des risques de transmission des hépatites B et C et du VIH. Ce n’est pas un argument moral. C’est un argument de virologie.
Que dit la recherche sur les ventouses ?
Peu de choses solides. Les revues disponibles portent sur des études de faible qualité méthodologique, souvent sans aveugle possible puisque les marques circulaires se voient. Les effets rapportés sur la douleur musculo-squelettique restent difficiles à distinguer d’un placebo.
L’Association française pour l’information scientifique a publié sur afis.org une mise au point qui conclut à l’absence de preuve d’efficacité thérapeutique.
Cela n’empêche pas des gens de ressortir soulagés d’une séance de ventouses sèches sur des trapèzes noués. Cela empêche seulement d’en faire un traitement, et de le vendre comme tel.
Qu’est-ce qui est proposé au cabinet, alors ?
Uniquement la pose de ventouses sèches, sur peau intacte, sans aucune effraction cutanée. Matériel à usage unique ou stérilisé. La séance dure une heure et porte le plus souvent sur le haut du dos, les trapèzes et le long de la colonne.
Aucun diagnostic n’est posé, aucune pathologie n’est nommée, aucune promesse de soin n’est faite, et je ne donne jamais d’avis sur un traitement prescrit par un médecin. C’est le cadre, il est annoncé avant de commencer et il ne se négocie pas, même quand on me le demande gentiment.
Cinq questions à poser avant de prendre rendez-vous, où que ce soit
1. Pratiquez-vous des incisions ? Si la réponse est oui et que la personne n’est pas professionnelle de santé, c’est non. 2. Le matériel est-il à usage unique ? 3. Êtes-vous professionnel de santé, et si oui, de quelle profession ? 4. Que se passe-t-il si je prends des anticoagulants ? Une réponse évasive est un mauvais signe. 5. Est-ce que vous me promettez un résultat sur un problème de santé ? Si oui, partez. Ces cinq questions ne fâchent personne d’honnête.
Dans quels cas les ventouses sèches sont-elles déconseillées ?
- Traitement anticoagulant, hémophilie, troubles de la coagulation
- Grossesse
- Anémie sévère, hypotension marquée
- Peau lésée, eczéma ou psoriasis en poussée, plaie, grain de beauté sur la zone
- Cancer en cours de traitement, insuffisance rénale ou hépatique
- Diabète avec fragilité cutanée
- Fièvre ou infection en cours
Un rappel qui devrait être inutile : les marques restent visibles trois à sept jours. Pensez-y si vous avez un mariage dans la semaine.
Je pose les ventouses sèches au cabinet, 4 place d’Ainay à Lyon 2e, à trois minutes du métro Ampère — Victor Hugo, et je suis une praticienne femme. Le cadre légal est expliqué avant chaque séance, sans zone grise : les ventouses sèches au cabinet de Lyon 2e, les questions les plus posées, ou prendre rendez-vous.
Sources
- Légifrance — Article L4161-1 du code de la santé publique — exercice illégal de la médecine
- Légifrance — Article L4161-5 du code de la santé publique — peines encourues
- Légifrance — Cour de cassation, chambre criminelle, 29 juin 2021, pourvoi n° 20-83.292
- Légifrance — Décret n° 2008-149 du 19 février 2008 — tatouage par effraction cutanée et perçage
- Légifrance — Article R4127-32 du code de la santé publique — soins conformes aux données acquises de la science
- Légifrance — Article R4127-39 du code de la santé publique — interdiction du charlatanisme
- AFIS — Association française pour l’information scientifique — Ventouses, hijama, cupping : une pratique thérapeutique à la mode sans preuve

Besma Satouri
Kinésiologue, formée et certifiée auprès de SYNAPKIN. J’accompagne en kinésiologie, du bébé à l'adulte, ainsi qu’en constellations familiales et en massages bien-être. Je reçois place d’Ainay, à Lyon 2, au cœur de la Presqu’île.
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