Les réflexes archaïques sont des mouvements automatiques présents à la naissance : le bébé sursaute, agrippe, tourne la tête. Pilotés par le tronc cérébral, ils s’effacent normalement entre 3 et 12 mois. Quand certains persistent, on observe parfois chez l’enfant une agitation, une écriture difficile ou une fatigue rapide en classe. Une séance dure environ 45 minutes et se fait en jeu.
Un enfant qui n’arrive pas à rester assis. Un autre qui écrit en s’accrochant à sa table comme à une bouée, et qui a mal à la main au bout de dix lignes. Un troisième qui sursaute pour un rien et qui met une heure à s’endormir.
Les parents qui décrivent ces situations ont souvent déjà entendu beaucoup de choses. Qu’il faut être plus ferme. Qu’il faut être plus patient. Que ça passera. Cet article ne prétend pas donner la réponse. Il explique une piste, ses fondements, et surtout ses limites.
Qu’est-ce qu’un réflexe archaïque ?
Un mouvement automatique, involontaire, déclenché par un stimulus précis. Le bébé ne décide rien : on lui touche la joue, il tourne la tête et cherche à téter. On lui met un doigt dans la paume, il serre.
Ces réflexes sont pilotés par le tronc cérébral, la partie la plus ancienne du système nerveux, pas par le cortex. C’est justement ce qui les rend automatiques. Certains apparaissent in utero, dès le sixième mois de grossesse. Ils servent à la survie du nouveau-né et fournissent la base des apprentissages moteurs qui suivront.
Puis ils s’effacent. Au fur et à mesure que le cortex prend la main, le réflexe s’intègre : il ne disparaît pas vraiment, il passe sous contrôle volontaire. C’est ce qu’on appelle l’intégration, et c’est une étape normale du développement, décrite dans tous les manuels de pédiatrie.
Quels sont les principaux, et à quel âge disparaissent-ils ?
| Réflexe | Ce qu’il déclenche | Apparition | Intégration habituelle |
|---|---|---|---|
| Moro | Sursaut avec ouverture brusque des bras, puis fermeture, à un bruit ou une perte d’appui | Vers 28 à 34 semaines in utero | 3 à 6 mois |
| Points cardinaux et succion | La tête se tourne vers la joue touchée, la bouche cherche à téter | Vers 6 mois in utero | 4 à 6 mois, parfois jusqu’à 9 |
| Préhension palmaire | La main se referme sur ce qui touche la paume | Naissance | 5 à 6 mois |
| Tonique asymétrique du cou (RTAC) | Quand la tête tourne, le bras du même côté s’étend, l’autre se plie | Naissance à 2 mois | 4 à 6 mois |
| Tonique symétrique du cou (RTSC) | Tête en avant, les bras plient et les jambes s’étendent, et inversement | 6 à 9 mois | 9 à 12 mois |
| Tonique labyrinthique (RTL) | La position de la tête modifie le tonus de tout le corps | In utero pour la flexion, naissance pour l’extension | Progressif, jusque vers 3 ans |
| Spinal de Galant | Une caresse le long de la colonne fait basculer le bassin du même côté | Vers 20 semaines in utero | 3 à 9 mois |
| Babinski | Le gros orteil se relève quand on frotte la plante du pied | Naissance | Vers 1 à 2 ans |
Ces réflexes portent souvent le nom de ceux qui les ont décrits. Joseph Babinski, neurologue français d’origine polonaise, publie sa description en 1896. Ernst Moro, pédiatre autrichien, décrit le sien en 1918. Les fourchettes d’âge sont des repères, pas des couperets : un décalage de quelques semaines n’a rien d’alarmant.
Que se passe-t-il quand un réflexe ne s’intègre pas ?
L’hypothèse de travail est la suivante : si un automatisme reste actif, l’enfant doit dépenser de l’énergie pour le contenir, et cette énergie n’est plus disponible pour autre chose.
Un exemple concret rend la chose plus claire. Le RTAC fait que le bras s’étend du côté où la tête tourne. Un enfant chez qui ce réflexe reste actif tourne la tête vers sa feuille pour écrire, et son bras a spontanément tendance à s’étendre. Il doit donc lutter contre son propre bras pour tenir son crayon. D’où la crispation, la fatigue rapide, l’écriture qui se dégrade en fin de page.
Ce que les parents décrivent le plus souvent quand ils viennent :
- Une agitation permanente, l’impossibilité de rester assis plus de quelques minutes
- Une écriture douloureuse, une main qui se crispe, une posture effondrée sur la table
- Des sursauts disproportionnés, une hypersensibilité au bruit ou aux étiquettes de vêtements
- Un endormissement long, des réveils nocturnes
- Une maladresse motrice, des chutes fréquentes, des difficultés avec le vélo ou les lacets
- Une grande fatigue en fin de journée scolaire, sans explication évidente
Que dit la recherche sur ce lien ?
C’est le passage le plus important de cet article, et celui que la plupart des sites évitent soigneusement.
Il existe de vraies données, et elles vont dans un sens intéressant. Des travaux de Konicarova et Bob, à l’université Charles de Prague, ont montré une fréquence plus élevée de réflexes persistants chez des enfants de 8 à 11 ans présentant des symptômes de trouble de l’attention, comparés à un groupe contrôle. En Irlande, McPhillips et Jordan-Black ont travaillé sur une cohorte de 739 enfants de 7 à 9 ans et trouvé que la persistance du RTAC était associée aux performances en lecture.
Et il existe même un essai contrôlé, ce qui est rare dans ce domaine. McPhillips, Hepper et Mulhern ont publié dans The Lancet du 12 février 2000 (volume 355, n° 9203, pages 537 à 541) un essai randomisé, en double aveugle, contre placebo, portant sur des enfants de 8 à 11 ans en difficulté de lecture. Le programme de mouvements reproduisant les réflexes primitifs y a montré un effet sur la motricité et sur la lecture.
Les limites, écrites noir sur blanc
Cet essai de 2000 portait sur un petit effectif et n’a pas été répliqué à grande échelle depuis. Les auteurs de la cohorte irlandaise ont eux-mêmes écrit que la persistance des réflexes ne peut pas servir de modèle causal : une partie des faibles lecteurs n’avait aucun réflexe persistant, et l’inverse était vrai aussi. Corrélation n’est pas causalité. À ce jour, aucun grand essai contrôlé n’a démontré qu’un programme d’intégration des réflexes traite un trouble de l’attention ou une dyslexie. Se méfier de qui vous dit le contraire fait partie du bon sens parental.
Le travail sur les réflexes archaïques est aussi celui d’un courant identifié : l’Institute for Neuro-Physiological Psychology, fondé par Peter Blythe à Chester en 1975, et poursuivi par Sally Goddard Blythe, qui a publié Neuromotor Immaturity in Children and Adults en 2014. C’est de ce corpus que viennent la plupart des protocoles enseignés aujourd’hui, y compris en France.
Comment se passe une séance avec un enfant ?
- On parle d’abord avec le parent, souvent en présence de l’enfant. Ce qui vous inquiète, depuis quand, ce que dit l’école, ce que dit le médecin. Les bilans déjà réalisés sont les bienvenus.
- On observe l’enfant bouger. Marcher, ramper, s’asseoir, tourner la tête, tenir un crayon. Cette partie ressemble à un jeu et l’enfant ne se sent pas examiné, ce qui est exactement le but.
- Le travail se fait en mouvement, au sol, sous forme de jeux. Reproduire un ramper, un roulé-boulé, un mouvement croisé. Il n’y a rien de contraignant et l’enfant peut dire non à tout moment.
- On repart avec deux ou trois mouvements courts à refaire à la maison, cinq minutes par jour. C’est cette répétition qui compte, bien plus que la séance elle-même.
Comptez 45 minutes pour un enfant, moins pour un tout-petit. Le parent reste dans la pièce s’il le souhaite, et pour les plus jeunes c’est même préférable.
Qu’est-ce que le parent peut observer à la maison ?
Les changements, quand il y en a, sont rarement spectaculaires. Ce sont des détails, et ce sont eux qu’il faut guetter.
- Une posture à table qui tient plus longtemps avant de s’effondrer
- Un cahier moins déformé en fin de page qu’au début de l’année
- Un endormissement qui se raccourcit de dix ou quinze minutes
- Moins de sursauts au moindre bruit dans la maison
- Une capacité à rester dans un jeu de société jusqu’au bout
- Des retours d’enseignant qui changent de ton, même légèrement
Notez-les quelque part. La mémoire des parents est mauvaise juge : on oublie très vite comment c’était il y a deux mois, surtout quand ça va mieux.
À quel âge peut-on commencer ?
Il n’y a pas d’âge minimum en soi, mais l’intérêt est surtout marqué à partir de 3 ou 4 ans, quand l’enfant peut coopérer un minimum. Avant, chez le nourrisson, la question relève d’abord du pédiatre : c’est lui qui suit le développement psychomoteur et qui doit être consulté en premier.
Après vingt ans passés en classe avant de me reconvertir, j’ai vu beaucoup d’enfants qu’on disait paresseux ou dissipés et qui luttaient en réalité contre leur propre corps toute la journée. Ce n’est pas une théorie qui explique tout. C’est une hypothèse de plus à mettre sur la table, et parfois elle éclaire quelque chose.
Quand faut-il d’abord consulter un professionnel de santé ?
Ce qui passe avant, toujours
Une régression, une perte d’acquis, un retard de langage marqué, une suspicion de trouble de l’audition ou de la vue, une somnolence inhabituelle : le médecin ou le pédiatre en premier, sans détour par un cabinet de bien-être. Pour un trouble du langage écrit ou oral, l’orthophoniste. Pour la motricité et le graphisme, le psychomotricien ou l’ergothérapeute. Pour une suspicion de trouble de l’attention ou de trouble du neurodéveloppement, le pédiatre, le neuropédiatre ou le centre médico-psycho-pédagogique. Une séance de kinésiologie ne doit jamais retarder un bilan.
La kinésiologie ne pose aucun diagnostic, ne traite aucun trouble et ne remplace aucun suivi. Elle vient à côté, jamais à la place. Cette phrase peut paraître répétitive sur ce site. Elle l’est volontairement : c’est celle qui protège votre enfant.
Les séances enfants ont lieu au cabinet, 4 place d’Ainay, à Lyon 2e. Le déroulé complet, l’âge à partir duquel je reçois et la place du parent pendant la séance sont détaillés sur la page consacrée à la kinésiologie pour les enfants. Si vous hésitez sur la pertinence pour votre situation, décrivez-la par écrit avant de réserver, on verra ensemble si c’est le bon moment : me contacter, ou lire d’abord les questions fréquentes.
Sources
- The Lancet — McPhillips M, Hepper PG, Mulhern G — Effects of replicating primary-reflex movements on specific reading difficulties in children: a randomised, double-blind, controlled trial (2000)
- Neuropsychologia — McPhillips M, Jordan-Black JA — Primary reflex persistence in children with reading difficulties (dyslexia): a cross-sectional study (2007, 739 enfants)
- PubMed — Konicarova J, Bob P — Asymmetric tonic neck reflex and symptoms of attention deficit and hyperactivity disorder in children
- INPP — The Institute for Neuro-Physiological Psychology (Chester, fondé en 1975)
- Wiley — Sally Goddard Blythe — Neuromotor Immaturity in Children and Adults (2014)

Besma Satouri
Kinésiologue, formée et certifiée auprès de SYNAPKIN. J’accompagne en kinésiologie, du bébé à l'adulte, ainsi qu’en constellations familiales et en massages bien-être. Je reçois place d’Ainay, à Lyon 2, au cœur de la Presqu’île.
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